Call for Papers: Appel à communication

Un consensus semble se dégager depuis plusieurs décennies sur les liens entre travail/formation et professionnalisation. La mobilisation ou le recours aux situations de travail en formation (alternance travail/formation, action de formation sur la place du travail est perçue par plusieurs chercheurs (Billett, 2009, Cornathon-Roche, 1999 ; Filliettaz, 2005 ; Gerard, 2018 ; Olry et Masson, 2012 ; Wittorski, 2007, Zaouani-Denoux, 2002, etc.), par les pouvoirs publics et par les acteurs de la formation et du travail comme une voie d'accès à la professionnalisation. La professionnalisation, dans son lien avec le travail et la formation, définie comme processus de construction de compétences mais aussi de connaissances, et savoirs reconnus comme faisant partie de la profession choisie (Wittorski, 2007), fait l’objet de recommandations internationales et nationales très présentes depuis la fin des années 1990

À un niveau formel, les objectifs de professionnalisation visés par les dispositifs combinant travail et formation mettent spécifiquement en avant :

  • le développement des compétences transversales;
  • le changement personnel, conjuguant un processus d’apprentissage, d’adaptation et un processus d’intégration à un système;
  • œla nécessité de former de manière permanente au plus près des réalités du travail en tenant compte du besoin en compétences d’une part et aux injonctions de rationalisation et de maîtrise des coûts de formation liées à la  crise économique, d’autre part.

Par ailleurs, dans les différentes disciplines concernées (sciences de l’éducation et de la formation, sociologie des professions, psychosociologie du travail …), travail, formation et professionnalisation sont des notions en perpétuelle redéfinition. Avant d’être des concepts scientifiques, il s’agit donc d’évidence de concepts sociaux très dépendants des orientations institutionnelles et des pratiques sociales. Au niveau des pratiques, sur le terrain, on constate ainsi une variété de dispositifs combinant travail, formation et professionnalisation. On pense par exemple à l’alternance travail/formation, aux formations-action, aux groupes de résolution de problème ou d’analyse de pratiques, aux formations intégrées au travail où à l’apprentissage en situation de travail. De l’ensemble des recherches dans ces champs se dégagent de nombreuses configurations de liens entre travail formation et émergent des conceptions et des définitions de la professionnalisation fort différentes en ce qu’elles ne concernent pas les mêmes objets ni les mêmes finalités, voire en ce qu’elles installent des controverses. La conception même des liens entre travail et formation fait l’objet de points de vue différents dans les travaux qui existent, citons ici par exemple les débats entre la didactique professionnelle, la clinique de l’activité, l’ergologie, les courants interdisciplinaires de l’action située, celui de l'apprentissage sur la place du travail. Ces débats reposent souvent sur des conceptualisations différentes des liens entre activité, travail et apprentissage. Sur le plan théorique, la notion de professionnalisation parait également plurivoque selon qu’elle concerne la reconnaissance sociale d’une profession, les nouvelles attentes adressées aux individus par les milieux du travail, le rehaussement de la qualité d’une formation, ou le développement professionnel d’un individu (Wittorski, 2007). 

Ces débats conceptuels sont souvent sous-tendus par des questions sociales qui conduisent à des prises de position contrastées dans les communautés de recherche concernées : Quelle est la place et l’intérêt des dispositifs professionnalisants mobilisant des situations de travail et/ou des situations de formation ? Accompagner les changements organisationnels? Mieux répondre aux besoins économiques? Entretenir des compétences ou en développer de nouvelles? Apporter une première socialisation professionnelle ou une qualification? Quels sont les effets de ces dispositifs sur la professionnalisation des apprenants et sur leurs apprentissages professionnels?

Sur un autre plan, ces dispositifs peuvent-ils, sans risque de confusion, répondre à la fois aux attentes organisationnelles et aux dynamiques de transformation voire d’émancipation des personnes? L’intelligibilité des liens entre ces trois notions reste par ailleurs dans la plupart des cas influencée par le paradigme de référence des chercheur(e)s (Geay, 1999).

Souâd Denoux, Université de Montpellier III et Richard Wittorski, Université de Rouen, agissent au titre de corédacteurs d’un numéro thématique sur les rapports entre travail, formation et professionnalisation, ils lancent une invitation aux auteurs qui désireraient proposer un article en lien avec ce thème. Toutes les règles et procédures destinées aux auteurs sont disponibles sur le site de la Revue des sciences de l’éducation de McGill et devront être respectées.

Ce numéro thématique vise la confrontation des différents travaux récents dans ces champs. Dans cette perspective, il se propose de faire appel à des contributions pouvant contribuer aux débats qui ont cours actuellement, de mettre en évidence la variété des terrains, des cadres théoriques et conceptuels mobilisés par les chercheurs œuvrant dans ce champ et d’interroger les aspects méthodologiques des recherches réalisés.

Les articles proposés seront retenus sur la base de leur contribution à la réflexion théorique, épistémologique, méthodologique et empirique au sujet des liens entre travail, formation et professionnalisation.

Les questions suivantes sont donc au cœur de l’appel à contributions :

  • Quelles sont les approches théoriques et méthodologiques mobilisées pour l’étude des liens entre travail, formation et professionnalisation?
  • Quels principes président au choix des concepts et méthodes utilisées?
  • Quelles postures adoptent les chercheur(e)s de ce champ?

Types d’articles acceptés pour ce numéro thématique

  • Articles conventionnels de revue (jusqu’à 8000 mots). Contributions inédites à la théorie, à la pratique et à la recherche, ces textes sont susceptibles d’intéresser autant les chercheurs du domaine, les étudiants que les professionnels. Ils doivent être très bien rédigés et respecter des standards intellectuels élevés.
  • Essais et revues de littérature (entre 4000 et 6000 mots). Survols de domaines de recherche particuliers, de traditions théoriques précises, etc., ces textes constituent une introduction spécialisée à un sujet et sont destinés aux chercheurs et professionnels peu ou pas familiers avec le domaine.

Tout projet de contribution devra être envoyé à Souâd Zaouani-Denoux(souad.denoux@wanadoo.fr) et Richard Wittorski (richard.wittorski@univ-rouen.fr) et soumis en ligne par le site de la RSEM afin que soit donné un accord de principe. Les projets d’article (sous la forme d’un résumé d’environ 2500 caractères) seront reçus jusqu’au 15 février 2021. Un arbitrage sera effectué pour éviter un déséquilibre éventuel entre les axes qui composeront le dossier. Après accord de principe, chaque contribution développée devra ensuite être envoyée en ligne sur le site de la RSEM (http://mje.mcgill.ca/about/submissions#onlineSubmissions) en indiquant clairement son lien avec le numéro thématique : travail, formation et professionnalisation. Les soumissions ne respectant pas les directives seront retournées aux auteurs.

Pour plus d’information : http://mje.mcgill.ca/about/submissions.

Références

Billett, S. (2009). Modalités de participation au travail: la dualité constitutive de l’apprentissage par le travail. Dans M. Durand et L. Filliettaz (dir.), Travail et Formation des Adultes. Presses Universitaires de France.

Gerard, F. (2018). Penser les apprentissages professionnels. Une approche francophone et anglophone avec Pastré et Billett, Éducation permanente, 216, 85–98.

Olry, P. & Masson, C. (2012). Du travail au travail pour apprendre. Éducation permanente, 193, 63–78.

Wittorki, R. (2007). Professionnalisation et développement professionnel. L’Harmattan.

Zaouani-Denoux, S. (2002). Entre formation et éducation, émergence d'une culture de la professionnalisation. Cahiers de Psychopédagogie Curative et Interculturelle, 1–2, 120–129.