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ÉDitorial


Cette édition comporte 12 articles et une note du terrain, la majorité rédigée en français. À l’instar de la précédente, cette édition a été pilotée en grande partie par notre rédacteur associé Marc-André Éthier, en étroite collaboration avec son collègue David LeFrançois. Nous profitons d’ailleurs de l’occasion pour leur dire au revoir. Leur présence au sein de l’équipe nous a été extrêmement bénéfique, en particulier celle de Marc-André, qui a été parmi nous pendant quatre ans. Nous leur souhaitons la meilleure des chances dans leur nouveau projet : la direction de la Revue des sciences de l’éducation. Par ailleurs, nous avons l’honneur d’accueillir deux nouveaux rédacteurs associés, Vincent Boutonnet et Jérôme St-Amand, professeurs au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec en Outaouais. Avec nous depuis juin 2017, Vincent Boutonnet enseigne la didactique de l’histoire et de la géographie aux ordres secondaire et primaire. Ses intérêts de recherche portent sur l’enseignement de l’histoire. Il s’intéresse aussi à l’intégration des films d’histoire et des jeux vidéos dans l’enseignement de l’histoire. De plus, il est membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE). Pour sa part, Jérome St-Amand a joint nos rangs en octobre 2017. Il a enseigné pendant 12 ans dans une école secondaire de Saint-Hyacinthe, au Québec (Canada). Dans ses recherches, St-Amand explore diverses problématiques en lien avec la gestion de classe, la motivation scolaire et les besoins fondamentaux des élèves. Il enseigne la gestion de classe, les méthodes quantitatives et la méthodologie de recherche. Enfin, nous désirons remercier nos rédactrices associées Mindy Carter et Lisa Starr. Assistées d’Eva Vico Varela et d’Emmanuela Tedone, elles assurent la présence de la revue sur les plateformes numériques et les médias sociaux.

Arrêtons-nous maintenant au contenu de cette édition, qui débute par un premier bloc formé de cinq articles qui ont en commun la question de l’écriture, suivi d’un sixième abordant dans un sens plus large les compétences en language arts. Dans le premier article, Boily et Beaudry présentent les résultats d’une recherche dans laquelle un dispositif didactique visant à amener les élèves à adopter une posture d’auteur à l’aide de la réécriture, en contexte d’écriture littéraire, fut testé auprès de sept raccrocheurs. L’analyse de contenu des entrevues menées montre que certains élèves ont en effet développé un projet d’auteur assumé et conscient, tandis que d’autres ne l’ont pas développé. Dans le deuxième, Godoi, Caneva et Pontes analysent deux films à partir de notions de l’éducation émancipatrice de Freire, un auteur qui voyait l’écriture, la lecture et le langage sous l’angle de la conscientisation et de l’émancipation des élèves opprimés. Dans le dernier article de ce bloc, Rondeau analyse des productions biographiques et un entretien collectif ; cette analyse montre que le travail de nature identitaire se met en œuvre à travers un processus de mise en conscience de soi et de production de sens déployé sous le regard d’autrui et marqué par des secousses, des tensions et des remises en question. Considérant l’importance de l’écriture dans le développement de la littératie, Heppner tente d’identifier les stratégies qui se sont avérées les plus efficaces pour développer les habiletés en écriture des élèves de niveaux préscolaire et primaire, en particulier au Canada. Elle a organisé une recension des recherches existant dans le domaine autour des six axes d’Ivanic : habiletés, créativité, processus, genre, pratiques sociales et sociopolitique. Heppner effectue une analyse en profondeur de onze recherches canadiennes, les situant dans le contexte général du domaine de l’éducation. Elle encourage les enseignants à incorporer les six axes dans leur pratique. De leur côté, Thériault, Allaire et Gagnon s’intéressent à l’utilisation d’un blogue comme tâche authentique en écriture dans deux classes de sixième année du Québec. Ils mettent en lien les processus rédactionnels tels que présentés dans le modèle de référence proposé par Hayes et Flowers avec les 27 stratégies relatives à la démarche d’écriture du MEES. Dans le cadre de leur recherche, ils ont découvert que les enseignants font une utilisation efficace du blogue au sein de leur classe, mais que ceux-ci bénéficieraient de développement professionnel pour réussir à exploiter tout le potentiel de cette ressource en enseignement et en apprentissage.

Adoptant un angle de recherche plus large, Gallagher et Rowsell survolent la documentation des programmes canadiens en English Language Arts, recensant les documents pour y analyser la présence (ou l’absence) d’une nouvelle (ou actuelle) tendance : les compétences du 21e siècle. Ils y ont recherché des manifestations de créativité, d’innovation et d’entreprenariat, de jugement critique, de collaboration, de communication, ainsi que du contenu relatif aux technologies informatiques ou numériques. Ils ont constaté que ces compétences sont développées à des degrés divers par les provinces, en général dans des documents complémentaires. Cependant, les programmes présentaient des lacunes importantes, étaient de qualité variable ou inégale dans leur présentation d’une approche pédagogique cohérente de l’apprentissage au 21e siècle. Les auteurs recommandent des pistes de travail pour améliorer la situation.

Un deuxième bloc porte sur l’histoire. Trois des quatre articles qui s’intéressent directement à l’enseignement de l’histoire le font à partir d’objets avec lesquels les sujets interagissent. Celui de Brunet, « Des histoires du passé », analyse la manière dont les élèves de quatrième secondaire comprennent le minisme dans l’histoire du Québec et du Canada. La chercheure a sondé 575 élèves et a fait réaliser une tâche à neuf d’entre eux. La plupart voyaient le manuel comme un reflet d’une vérité objective. Ils ont donc été confrontés à un obstacle cognitif lorsqu’ils ont dû interpréter des extraits de manuels livrant des récits contradictoires. Pour réduire le conflit avec leurs représentations, ils ont choisi les éléments correspondant à celles-ci et ont amoindri les différences entre les récits. L’article de Lemieux sur « l’approche culturelle » analyse aussi les manuels d’histoire du Québec et du Canada, ainsi que les guides d’enseignement et les corrigés des cahiers d’activités, mais en se fixant un but très différent. Il cherche en effet à savoir comment ce type de matériel peut illustrer différentes conceptions de la culture et les dimensions constitutives de l’enseignement de l’histoire exposées par la typologie Côté-Duquette. Joly-Lavoie, pour sa part, explore un terrain pour l’instant presque vierge en didactique de l’histoire, voire en didactique tout court : celui des jeux vidéos ! Il trace le bilan des différentes recherches publiées en anglais et en français à propos d’un jeu très populaire, Assassins’ Creed. Il en ressort que, à ce jour, malgré une recherche documentaire très rigoureuse de la part des créateurs du jeu, celui-ci se conforme aux attentes des joueurs et aux besoins en termes de jouabilité, mais nécessiterait un effort démesuré de la part des enseignants pour donner lieu à une exploitation éducative efficace visant un apprentissage ambitieux qui fait l’objet d’un enseignement prévu par le curriculum officiel en histoire et mène à un transfert, comme l’usage de démarches associées à l’histoire pour analyser un discours profane. Quant à Moreau, s’il s’intéresse à l’histoire, c’est à partir d’une autre pointe du triangle didactique, c’est-à-dire à partir de la perspective de l’agent. Il décrit la compréhension que des enseignants ont de l’apprentissage de la pensée historique. Pour ce faire, il s’est entretenu avec des enseignantes et enseignants avant et après les avoir observés en classe. En se basant sur les raisons pour lesquelles elles et ils ont dit, en entrevue, croire que leur enseignement aidait à l’apprentissage de la pensée historienne, Moreau montre que ces enseignants s’appuient sur des théories socioconstructivistes, cognitivo-rationalistes et de sens commun.

Enfin, l’article de Sané propose les prémisses d’un cadre conceptuel intégré de la gestion axée sur les résultats en éducation en mettant en relief les dimensions environnementale, pédagogique et administrative de l’établissement dont une meilleure articulation contribuerait à améliorer les résultats scolaires. Quant à Nyika, McPherson et Murry-Orr, ils explorent la documentation empirique des dix dernières années pour examiner la manière dont les écoles axées sur la promotion de la santé tiennent compte de la réalité des jeunes immigrants. À la lumière de leurs résultats, ils formulent des suggestions de pistes de recherche. De son côté, High expose dans sa note du terrain un exemple impressionnant de l’utilisation des cercles de partage dans une classe de l’Illinois pour honorer la dignité des élèves. Ces cercles sont partie intégrante d’une approche proactive de résolution de conflits basée sur les pratiques de justice réparatrice des peuples autochtones.

Pour une deuxième fois, le forum présente deux textes qui rendent compte d’ouvrage portant sur un débat et qui prennent position à propos de celui-ci : que faut-il enseigner aux élèves du primaire et du secondaire en ce qui a trait à la diversité des idées et pratiques morales et religieuses, y compris celles qui sont souvent davantage associées aux vagues d’immigration plus récentes ? Malgré que les sondeurs affirment en général qu’une majorité de la population l’appuie, le cours québécois d’Éthique et culture religieuse (ECR) a suscité bien des remous avant même sa mise en œuvre, il y a déjà dix ans : des catholiques l’ont attaqué au motif qu’il nuisait à l’inculcation de leur foi à leurs enfants, des nationalistes l’ont soupçonné d’agir comme le cheval de Troie du multiculturalisme canadien et des promoteurs de la laïcité ont argüé qu’il perpétuait l’union de l’Église et l’État. D’autres débats encore sont possibles et souhaitables, par exemple à propos de l’importance à accorder à la pratique de l’enquête autonome et critique (y compris en apprenant à se poser des questions et les formuler de façon à pouvoir générer et analyser des données pour tester des hypothèses anthropologiques, historiques ou sociologiques, par exemple) plutôt qu’aux grandes figures et aux modèles de vie, ou à propos de la place laissée ou non à la diversité au sein des religions et aux interactions entre les modes de vie (la démographie, l’économie, etc.) et les idées scientifiques, philosophiques et religieuses. Certaines questions que ces échanges soulèvent déjà ou pourraient soulever sont d’ailleurs très chargées émotivement, par exemple quand certains auteurs avancent des arguments quant à la manière de décrire ou de critiquer les croyances en ce qui concerne l’origine naturelle ou surnaturelle de la vie. Il s’agit d’une série de questions complexes aux ramifications multiples et persistantes, dont on ne peut sous-estimer la portée politique et sociale, et pour laquelle il faut donc s’assurer d’écouter avec tolérance toutes les parties en cause et d’examiner avec attention et rigueur les faits sur lesquels s’appuient leurs arguments. En cela, nos deux auteurs, Mireille Estivalèzes et Bruce Maxwell, peuvent servir de modèles de réflexion.

Marc-André Éthier, David LeFrançois et Teresa Strong-Wilson

 

Editorial


This issue brings together 12 articles and one Note from the Field. Most of the articles are in French and the present compilation, like the previous issue, has been largely moved forward by Associate Editor Marc-André Éthier, this in close collaboration with Associate Editor David LeFrançois. We bid a fond farewell to both. We have benefited enormously from their presence, especially Marc-André, who was with us for four years. We wish them both well in their new endeavors in leading the Revue des sciences de l’éducation. We consider ourselves very fortunate to welcome two new Associate Editors, both from the Département des sciences de l’éducation, Université du Québec en Outaouais. Vincent Boutonnet, who joined us in June 2017, is a professor in the teaching of history and geography for high school and elementary. His research interests center on history teaching and include research on the integration of historical film and video games in history teaching. He is also a member of the Centre de Recherche Interuniversitaire sur la Formation et la Profession Enseignante (CRIFPE). Jerome St-Amand, who began in October 2017, spent 12 years teaching high school in Saint-Hyacinthe, Quebec, Canada. His research explores a variety of issues related to classroom management, school motivation, and students’ basic needs. He teaches in the areas of classroom management, quantitative methods, and research methods. We would also like to take this opportunity to thank our Associate Editors Mindy Carter and Lisa Starr for their ongoing contributions to the journal’s digital and “social media” presence, this with the assistance of Eva Vico Varela and Emmanuela Tedone.

Turning now to the issue itself, a first section is comprised of five articles that address the question of writing, with a sixth that looks at language arts competencies generally. In the first article, Boily and Beaudry present research results where, in a context of literature writing, seven former drop-out students were taught using a teaching approach that aimed to encourage them to adopt a writer’s stance through the process of rewriting. A content analysis of interviews demonstrates that certain students consciously developed a writer’s project while others did not. In the second article, Godoi, Caneva, and Pontes analyze two films using Freire’s notions of emancipatory education, in which writing, reading, and language can help raise awareness among and emancipate oppressed students. In this section’s last article, Rondeau analyzes biographical productions and a group interview. The analysis highlights how identity work is produced through a self-awareness and meaning-making process which takes place under the gaze of others and is marked by shocks, tensions, and reassessments. Given the importance of writing to literacy development, Heppner is interested in finding out which writing strategies have proved most effective with preschool and primary aged children, especially in Canada. As a guiding framework for her literature review of research in this area, she draws on Ivanic’s six discourses of skills, creativity, process, genre, social practices, and the sociopolitical. She provides a useful in-depth analysis of 11 Canadian studies, situating them in the broader context of the field. She calls for a comprehensive classroom approach that incorporates all six discourses. For their part, Thériault, Allaire and Gagnon focus on use of the blog as an authentic writing task, this in two grade 6 classrooms in Quebec. They usefully map Hayes’ and Flower’s seminal work in the teaching of writing onto the MEES development of 27 writing process strategies. They found that the teachers used the blog effectively in the classroom but that greater professional development is needed to exploit the power of this resource in teaching and learning. More broadly, Gallagher and Rowsell take a useful bird’s eye view, canvassing English Language Arts curriculum documents across Canada and performing an “audit” of the next (or present) frontier, namely, 21st century competencies. They looked for evidence of: creativity, innovation and entrepreneurship, critical thinking, collaboration, communication, and computer and digital technologies. They found that while these competencies were being developed to a certain extent by provinces, especially through supplementary policy documents, curriculum documents themselves contained distinct gaps or were uneven or inconsistent in adopting a coherent approach to 21st century learning, thus signaling directions for work ahead.

A second section of articles focuses on History. Three of the four articles interested in History education take a closer look at the objects with which subjects interact. Brunet’s article, “Des histoires du passé [These stories are from the past],” analyzes the way secondary four students understand feminism in Quebecois and Canadian history. The researcher surveyed 575 students and asked 9 of them to complete a task. Most students believed the textbook represented an objective truth. They were therefore confronted with a cognitive obstacle when asked to interpret excerpts from textbooks containing contradictory narratives. To reduce the conflict with their personal representations, they chose elements corresponding with the latter and minimized differences between the narratives. Lemieux’s article on “the cultural approach” also analyses Quebecois and Canadian history textbooks, as well as teaching guides and corrected workbooks, but with a different research objective. The author seeks to understand how this type of teaching material can illustrate different conceptions of culture and the constitutive dimensions of history education exposed by the Côté-Duquette typology. Joly-Lavoie, for his part, explores uncharted territory in History didactics and in didactics generally, that is, video games! The author traces different publications in English and in French on a very popular game: Assassin’s Creed. It appears that, to this day, even though the game’s creators undertook a surprisingly rigorous literature search, the game conforms to players’ expectations and satisfies playability needs. It would require enormous effort for teachers to use the game as an educational tool with an ambitious learning objective, as is expected by the official history curriculum, and that leads to a transferable skill, for instance, the use of history analytical approaches applied to layman discourses. As for Moreau, the author is interested in another didactic angle, that is the agent’s perspective. They describe teachers’ understanding of how students learn historical thinking. To do so, the author interviewed teachers before and after having observed them in class. Using the teachers’ explanations as to what they believed helped students learn historical thinking, Moreau demonstrates that the teachers draw from socio-constructivist and cognitive-rationalist theories, as well as common sense.

Lastly, Sané’s article proposes the premise of an integrated conceptual framework of results-based management in education. The framework highlights environmental, pedagogical, and building administration dimensions which, through an improved articulation, could contribute to higher educational outcomes. For their part, Nyika, McPherson and Murry-Orr review literature from the past decade on the degree to which health promoting schools are successfully addressing the presence of immigrant youth and based on their review, map out several areas for future research. High’s Note from the Field provides a compelling example of the use of sharing circles in an Illinois classroom to honour the dignity of students; the circles are part of a proactive approach to conflict based on restorative justice practices of Indigenous peoples.

For the second time, the forum presents two texts that reflect on a publication of a debated issue and then each take a position: what do we need to teach primary and secondary students about the diversity of ideas and moral and religious practices, including those often associated with recent immigration waves? Although surveys affirm that a majority of the population approves of the Quebecois ethical and religious culture course (ECR), it sparked considerable turmoil before its implementation 10 years ago: Catholics attacked the course on the basis that it hindered the inculcation of their faith to their children, Nationalists suspected a Trojan horse of Canadian multiculturalism, and promoters of secularism argued the course perpetuated the union between the Church and the State. Further debate is still possible and desirable, for instance, on the significance accorded to autonomous and critical inquiry (including learning how to formulate questions that generate data in order to test and analyze anthropological, historical, or sociological hypotheses) rather than the significance accorded to leading figures and life models; on the space given, or not, to diversity within religions; and on the interactions between ways of life (demography, economy, etc.) and scientific, philosophical, and religious ideas. Certain questions that do or may arise from these exchanges are emotionally charged, for example, when authors bring forward arguments on the manner with which to describe or critique beliefs related to the natural or supernatural origin of life. It is a series of complex questions with multiple and persistent ramifications whose political and social implications cannot be underestimated. As such, we must listen to all parties with tolerance and examine, with attention and rigour, the facts on which their arguments rest. In this respect, our two authors Estivalèzes and Maxwell, can serve as models in their reflection.

Marc-André Éthier, David LeFrançois & Teresa Strong-Wilson