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Éditorial


En plus de contenir un grand nombre d’articles (au deux tiers en français !), ce numéro régulier compte un forum et des Notes du terrain costauds, deux rubriques qui ont pris du galon dans les derniers numéros et qui suscitent beaucoup de discussions parmi nos lecteurs, notamment à travers leurs réseaux sociaux.

Les articles analysent l’éducation à partir d’angles complémentaires, de milieux et d’échelles variées. Ils portent en effet sur les fondements éducatifs et éthiques de l’éducation, sur les pratiques, les représentations et l’engagement des enseignants, ainsi que sur les élèves et les commissions scolaires.

À partir des travaux de Levinas et Noddings, qui insistent sur la centralité des visages pour instaurer des relations éthiques et bienveillantes, Rose s’intéresse, dans son article, aux dimensions éthiques de l’anonymat induit par la formation en ligne asynchrone.

Ivie travaille pour sa part sur trois métaphores à la racine du réalisme, du naturalisme et de l’idéalisme : mécanique, organique et spirituelle. Dans cet article, les travaux de trois théoriciens de l’éducation — Hunter, Piaget et Bruner — illustrent comment les métaphores, paradigmes et modèles façonnent la pensée pédagogique.

Noël montre comment des enseignants des écoles primaires donnent sens à la notion d’élèves à besoins éducatifs particuliers lorsqu’ils commencent à leur enseigner. L’analyse de contenu a permis de mettre en évidence trois visions influençant la façon de travailler avec ces élèves. La vision qui s’impose insiste sur le rôle joué par l’environnement scolaire dans l’identification et la construction des difficultés des élèves ; cela compromet la scolarisation des élèves ayant des besoins éducatifs particuliers en classe ordinaire. L’analyse montre aussi qu’un sens collectif, porté par l’établissement scolaire et les personnes avec qui le jeune enseignant collabore, se construit progressivement.

Murray-Orr et Mitton-Kukner décrivent le parcours d’un enseignant durant ses études en éducation et ses deux premières années d’enseignement dans une communauté autochtone du Nord canadien. Les auteurs décrivent les connaissances pédagogiques liées au contenu et les pratiques pédagogiques culturellement pertinentes que l’enseignant a développées, mais sans négliger ses buts et objectifs comme étudiant ni l’insécurité sentie vers la fin de sa première année de pratique et les progrès de sa confiance par la suite.

Maroy, Brassard, Mathou, Vaillancourt et Voisin analysent les logiques de médiation mobilisées par les commissions scolaires québécoises dans la mise en œuvre de la politique de la gestion axée sur les résultats. Cette médiation conduit à la mise en place d’une gestion plus formalisée de l’efficacité des pratiques des enseignants. À partir 61 entretiens semi-dirigés, les auteurs montrent comment ces logiques de médiation ont affecté de façon variable la portée et l’intensité de la gestion de l’activité pédagogique.

Kamanzi, Barroso Da Costa et Ndinga analysent le désengagement professionnel des enseignants à partir d’une modélisation par équations structurelles des données tirées d’une enquête pancanadienne auprès de 3 221 enseignants de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et du Québec. Ce désengagement semble s’expliquer par les expériences émotionnelles négatives dues aux relations difficiles avec les élèves, la perception des changements de politiques éducatives, la satisfaction vis-à-vis des conditions de travail et le sentiment de compétence.

Rousseau et Bergeron se penchent, à travers une recherche qualitative, sur la teneur de l’opinion que 149 élèves, provenant de six écoles secondaires et inscrits dans le Parcours de formation axée sur l’emploi, ont à propos de ce programme menant à l’obtention d’un certificat de formation qualifiante.

Deux articles traitent de recherches en didactique de l’histoire, un domaine en effervescence dont la présence dans la revue se maintient. Les deux s’intéressent au programme d’Histoire et éducation à la citoyenneté de 2006, centré sur l’histoire du Québec. Le premier, par Déry, décrit et analyse le rapport au savoir qui se dégage des analyses de documents que les élèves du Québec devaient réaliser dans les épreuves uniques ministérielles de quatrième secondaire de 2012 à 2015 et des critères employés pour les évaluer. L’auteure montre que l’examen valorise un savoir présenté comme incontestable et statique, ce qui diverge des finalités soutenues par le programme et la recherche. Plus précisément, aucun des documents à analyser ne doit être critiqué avant d’être utilisé, les élèves n’ont jamais à laisser de traces de leur utilisation de ces documents pour répondre aux questions, près de 80 % de ces documents sont des sources secondaires et seul le quart des questions, environ, demande de faire des affirmations causales à partir des documents, mais aucune pour l’opération intellectuelle « Établir des liens de causalité ». Pour sa part, Lanoix s’intéresse au même programme d’études, mais du point de vue des enseignants. Il se demande quel rôle l’identification à la nation et le contenu de ce programme jouent dans la pratique des enseignants. Les entrevues que l’auteur a conduites avec huit enseignants d’histoire pour cerner leurs représentations sociales indiquent que l’identification à la nation est toujours bien présente, malgré les craintes exprimées par les promoteurs du programme qui, en 2017, a été substitué à celui de 2006.

Les deux Notes du terrain portent sur deux phases très différentes de la recherche. Dans le premier, St-Amand, Girard, Hiroux et Smith réfléchissent à la stratégie mise en œuvre en partenariat avec les élèves pour soutenir leur engagement scolaire, à ses retombées et aux améliorations qu’il faudrait y apporter. Dans l’autre Note, Lewkowich aborde le processus de publication comme élaboration d’un message et traite de la recherche d’une famille discursive et intellectuelle, de la sélection d’une revue dans laquelle publier, de l’importance de l’espace et des rituels de la rédaction, ainsi que des dynamiques conversationnelles de l’évaluation par les pairs.

Le Forum d’un précédent numéro (51-2) de la revue exposait les thèses et arguments de six auteurs à propos de la valeur et de l’usage réflexif des données probantes et des pratiques exemplaires, mais aussi à propos de l’excellence en éducation et de la fraude intellectuelle, entre autres controverses. Ces textes étaient en français. L’un d’eux a été traduit en anglais et se trouve dans ce numéro. Il a pour but de démystifier la mégaanalyse menée par Hattie.

Cette fois encore, les pages de la revue s’ouvrent à un débat important autant pour les personnes qui s’intéressent aux questions éducatives qu’à celles, à l’extérieur des universités, qui se savent concernées par des questions politiques et sociales aussi graves de conséquences et aussi complexes que le sont le racisme et la censure.

En effet, le livre de Barnes, publié en anglais en 2016 (Are They Rich Because They’re Smart? Class, Privilege, and Learning Under Capitalism, maintenant traduit en français) qui fait l’objet d’un compte rendu écrit par une élève du secondaire et de deux critiques par des professeurs d’université dans ce numéro de la Revue, fait écho à une controverse importante qui a secoué plusieurs campus.

Les deux questions — le racisme et la censure — sont ici directement reliées l’une à l’autre, mais nous y alluderons successivement.

Commençons par le racisme. Dans ce livre, Barnes examine entre autres les arguments que Herrnstein et Murray défendaient en 1994 dans The Bell Curve : Intelligence and Class Structure in American Life. Selon ces auteurs, les riches seraient riches parce qu’ils sont les plus intelligents ; ils mériteraient donc leur sort enviable, tout comme les travailleurs mériteraient leurs bas revenus en raison de leur prétendu faible QI ; l’intelligence, ajoutent-ils, serait en partie génétique ; cela signifierait donc que les mesures d’action affirmative (aussi appelée discrimination positive), obtenues, aux États-Unis, dans la foulée des luttes pour les droits civiques, sont vaines; l’inanité de ces mesures plaiderait pour leur abolition.

Or, selon Barnes, non seulement la génétique n’explique aucunement la distribution individuelle des positions sociales, mais tout le discours des auteurs se réduit à une rhétorique sans fondement scientifique visant à justifier les privilèges d’une couche sociale soi-disant méritocratique, une couche dont les auteurs font partie et qu’ils appellent présomptueusement « l’élite cognitive ». Ce n’est pas une question de races, dit en somme Barnes, mais de classes sociales. Nous pourrions ajouter que le discours infatué de Herrnstein et Murray évoque le triomphalisme mégalomane des protagonistes du Temps des bouffons, le court-métrage documentaire au vitriol de Falardeau, tourné en 1993.

Passons maintenant à la censure. Le 2 mars 2017, l’un des deux auteurs de The Bell Curve, Murray, devait débattre de ses idées au Middlebury College, dans le Vermont, à l’invitation de l’American Enterprise Institute Club, un club d’étudiants de ce collège universitaire. Un autre groupe, formé d’étudiants, de professeurs et de militants anarchistes et sociaux-démocrates, a interrompu sa présentation.

Une discussion dans un studio vidéo a remplacé la conférence publique qui devait avoir lieu dans le Wilson Hall. Des protestataires ont bousculé Murray et Stanger, à leur sortie du studio (https://www.nytimes.com/2017/03/13/opinion/understanding-the-angry-mob-that-gave-me-a-concussion.html?_r=0).

Cette dernière, une professeure de sciences politiques qui servait d’animatrice de la réunion et qui avait exprimé son désaccord avec les opinions de Murray, a été prise dans la mêlée, après quoi elle a dû être transportée à l’hôpital (http://www.addisonindependent.com/201703middlebury-college-professor-injured-protesters-she-escorted-controversial-speaker).

Ce phénomène de chahut et d’intimidation semble croitre : en avril 2017, des étudiants et d’autres personnes dans les universités Berkeley et Auburn ont perturbé violemment les conférences de personnes avec qui ils étaient en désaccord.

Des reportages, à Radio-Canada (https://youtu.be/a3I632Rb96g) et dans Le Devoir (http://www.ledevoir.com/societe/education/495389/liberte-d-expression-sou-pression-la-liberte-d-expression-en-crise), montrent que ce phénomène n’épargne pas Montréal.

Dans la plupart des cas, les protestataires exigeaient que des débats soient annulés ou voulaient réduire au silence des personnes qui devaient y parler et dont ils soupçonnaient, parfois sur la foi de fausses nouvelles, qu’elles professaient des opinions racistes, sexistes ou homophobes.

Le Forum de la Revue des sciences d’éducation de McGill a précisément pour but de donner à tous l’occasion de connaitre, de critiquer ou de défendre des idées diverses, quelle que soit l’étiquette que qui que ce soit voudrait leur apposer. Laissons le mot de la fin à Kennedy, une militante communiste dont les idées et actions antiracistes et féministes qu’elle promeut étaient réprimées, par exemple, dans la Russie de Staline comme dans le Québec de Duplessis et les États-Unis de McCarthy : « Nous perdons l’occasion de confronter et de débattre des idées réactionnaires qui constituent un danger pour les travailleurs… Et ça ouvre la porte à la censure d’opinions politiques qui peut mener à des attaques parmi nous par ceux qui disent que les idées de quelqu’un d’autre sont fausses » (http://www.themilitant.com/2017/8112/8112100.html, paragr. 13).

Marc-André Ethier et Teresa Strong-Wilson

 


EDITORIAL


In addition to featuring a large number of articles (two-thirds of which are in French!), this general issue includes a forum discussion and robust Notes from the Field, two sections that have taken on a greater role in previous issues and that spark a lot of discussion amongst our readers, particularly on social media.

The articles analyze education from complementary perspectives, contexts, and various scales. They focus on educational foundations, ethical dimensions of education, teacher practices, representations, and involvement, as well as students and school boards.

Drawing from the work of Levinas and Noddings who assert the importance of seeing a person’s face to establish an ethical and caring relationship, Rose explores the ethical dimensions of anonymity ensuing from asynchronous online training.

Ivie, for his part, examines three metaphors at the root of realism, naturalism, and idealism: mechanical, organic, and spiritual. In this article, the work of three education theorists — Hunter, Piaget, and Bruner — illustrates how metaphors, paradigms, and models shape pedagogical thinking.

Noël demonstrates how elementary school teachers attribute meaning to the notion of students with special educational needs during their first year of teaching. A content analysis highlighted three perspectives that influence how teachers work with special educational needs students. The predominant perspective points to the school environment’s role in identifying and constructing students’ difficulties; thereby compromising the education of students with special educational needs in a regular classroom setting. The analysis also demonstrates the progressive construction of a collective meaning held by the school and persons working in collaboration with the young teachers.

Murray-Orr and Mitton-Kukner describe a teacher’s journey throughout their education studies and their first two years of teaching in an Indigenous community in Canada’s North. The authors describe the content-based pedagogical knowledge and the culturally-relevant pedagogical practices developed by the teacher, but without neglecting their goals and objectives as a student or the insecurity they felt towards the end of their first year of practice, as well as their growing confidence thereafter.

Maroy, Brassard, Mathou, Vaillancourt, and Voisin analyze Quebec school boards’ mediation logic guiding the implementation of a results-based management policy. The mediation enabled a more formalized management of the effectiveness of teaching practices. With their analysis of 61 semi-structured interviews, the authors demonstrate how the mediation logic affected, in various ways, the extent and the intensity of pedagogical activity management.

Kamanzi, Barroso Da Costa, and Ndinga analyze the professional disengagement of teachers based on a structural equation modeling analysis of data pulled from a Canada-wide survey administered to 3,221 teachers in Alberta, British Columbia, Ontario, and Quebec. The disengagement appears to be explained by negative emotional experiences due to difficult relationships with students, perceptions of changes in education policies, satisfaction of work conditions, and a sense of competency.

Through their qualitative research study, Rousseau and Bergeron explore the perspectives of 149 students from six secondary schools on their experiences of the Work-Oriented Training Path program.

Two articles focus on the didactics of history, a rapidly expanding field of interest with an ongoing presence in this journal. Both articles are interested in the 2006 History and Citizenship Education program, which focuses on the history of Quebec. The first, by Déry, describes and analyzes the relationship with knowledge that emerges from documents produced by secondary four students during the 2012-2015 provincial examinations, as well as the examination evaluation criteria. The author demonstrates how the provincial examinations diverge from the program’s objectives, which are supported by research, by valuing knowledge that is presented as indisputable and static. Specifically, the students cannot criticize the documents before using them, they do not have to indicate whether they’ve used the documents when answering questions, almost 80% of the documents are secondary sources, and only a quarter of the questions ask students to make causal assertions by using the documents, but not for the intellectual exercise of “Establishing causal relations.” As for Lanoix, he is interested in this program of study from the perspective of teachers. The author examines the role of personal identification to the nation and program content in teaching practices. To do so, he conducted interviews with eight history teachers to identify their social representations. The analysis indicates that personal identification to the nation is still well entrenched despite concerns expressed by program promoters. The program was replaced in 2017.

The two Notes from the Field examine two very different stages of research. The first, by St-Armand, Girard, Hiroux, and Smith, reflects on a strategy executed in partnership with students to support their school engagement. They identify benefits and suggest improvements to the strategy. In the second, Lewkowich considers the publication process as the formulation of a message. The author discusses the search for a discursive and intellectual family, the selection of a publication journal, the importance of writing space and rituals, as well as the conversation dynamics of peer review.

The forum of a previous issue (51-2) exposed six authors’ perspectives and arguments on the value and reflexive use of evidence and exemplary practices, excellence in education, intellectual fraud, as well as other controversies. The texts were in French and one of these has been translated into English and is published in this issue. The text seeks to demystify a mega-analysis led by Hattie.

Once again, the pages of this journal open a debate of importance to both academic and non-academic audiences interested in education as well as serious and complex social and political issues, such as racism and censure.

Indeed, Barnes’s book Are They Rich Because They’re Smart? Class, Privilege, and Learning Under Capitalism (2016, now translated into French), is the subject of a report by a secondary school student and of two critiques by university professors. Their texts echo an important controversy which shook many campuses. The two issues — racism and censure — are directly linked to one another, but we will refer to them successively.

Let’s start with the issue of racism. In his book, Barnes examines Hernstein and Murray’s arguments in The Bell Curve: Intelligence and Class Structure in American Life (1994). According to the authors, the rich are rich because they are more intelligent and thus deserve their enviable fate, just as labourers deserve their low income because of their supposedly weak IQ. Intelligence, they add, is partly genetic. This would then mean that affirmative action measures (also termed positive discrimination) obtained in the United States during the civil rights’ movements are in vain and should be abolished.

According to Barnes, however, genetics does not explain, in any way, the individual distribution of social positions. Furthermore, the authors’ entire argumentation can be reduced to an unfounded rhetoric that aims to justify the privileges of a so-called meritocratic social stratus to which the authors belong and which they presumptuously term the “cognitive elite.” In sum, Barnes explains that it is not a question of race but of social class. We can add that Hernstein and Murray’s infatuated discourse evokes the megalomaniac triumphalism of the protagonists in Temps des bouffons, a 1993 vitriolic short film by Falardeau.

Let’s move on now to the issue of censure. Murray, one of the two authors of The Bell Curve, was invited by the American Enterprise Institute Club, a student club of Middlebury College in Vermont, to present and debate their ideas on March 2nd, 2017. However, Murray’s presentation was interrupted by another group comprised of students, professors, anarchists, and socio-democrats. The public conference that was supposed to take place in Wilson Hall was instead replaced with a studio-recorded discussion, protesters jostled Murray and Stanger as they were exiting the studio (https://www.nytimes.com/2017/03/13/opinion/understanding-the-angry-mob-that-gave-me-a-concussion.html?_r=0). Stanger, a political science professor who facilitated the meeting and who had expressed disagreement with Murray’s opinions, got caught in the fray and was taken to a hospital (http://www.addisonindependent.com/201703middlebury-college-professor-injured-protesters-she-escorted-controversial-speaker).

The phenomenon of heckling and intimidation seems to be growing. In April 2017, students and other persons at the universities of Berkeley and Auburn violently disrupted conferences given by presenters with whom they disagreed. Media reports from Radio-Canada (https://youtu.be/a3I632Rb96g) and Le Devoir (http://www.ledevoir.com/societe/education/495389/liberte-d-expression-sou-pression-la-liberte-d-expression-en-crise) indicate that this phenomenon is also taking place in Montreal.

In most cases, protestors demanded the cancellation of debates or wanted to silence presenters whom they suspected, sometimes based on false news, of proclaiming racist, sexist, or homophobic opinions.

The objective of the McGill Journal of Education Forum is precisely to give everyone the occasion to learn, to criticize, or to defend diverse ideas, irrespective of the way someone may want to label them. Let us leave the final word to Kennedy, a militant communist whose promotion of anti-racist and feminist ideas and actions were repressed in Stalin’s Russia, much like Duplessis’s Quebec and McCarthy’s United States: “We lose the opportunity to confront and debate reactionary ideas that are a danger to working people…. And it introduces censorship over politics that can lead to attacks among us by those who say someone else’s ideas are wrong” (http://www.themilitant.com/2017/8112/8112100.html, para. 13).

Marc-André Ethier & Teresa Strong-Wilson