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BOOK REVIEW / CRITIQUE DE LIVRE


Louise Lafortune, Sylvie Fréchette, Noëlle Sorin, Pierre-André Doudin et Ottavia Albanese (dir.). Approches affectives, métacognitives et cognitives de la compréhension. Québec, QC : Presses de l’Université du Québec, Collections Education. (2010). 207 pp. 14,99 à 27,00 $ (selon le format). (ISBN 978-2-7605-2551-1).


Cet ouvrage collectif invite le lecteur, chercheur ou professionnel, à examiner le concept de compréhension sous l’angle de la cognition, la métacognition et de l’affectivité. Selon les auteurs, parce que la compréhension se situe au cœur de l’action humaine, elle porte autant sur la compréhension de soi que celle de la discipline pour devenir « un processus de mise en relation non seulement des connaissances, mais aussi des ressources tant de la personne elle-même que de son environnement » (p. 3). Cette approche dite affective, métacognitive et cognitive de la compréhension est expliquée dans trois parties distinctes.

Dans la première partie, les auteurs rappellent les relations conceptuelles de la compréhension à la métacognition et à la cognition. Le premier chapitre de cette partie introduit le cadre conceptuel de la perspective métacognitive en rappelant d’abord, les problèmes de réussite scolaires que l’on sait liés à la compréhension et à l’apprentissage. Il détaille ensuite la richesse étymologique et épistémologique de ce concept et donne un exemple concret de l’exercice métacognitif et cognitif à travers une étude collaborative. Le second chapitre fait état de cette étude dans laquelle un groupe d’intervenants éducatifs examinent et discutent les éléments qui caractérisent la régulation des interactions entre l’enseignant et ses élèves. En examinant les valeurs partagées quant à la régulation des apprentissages chez les élèves, le groupe identifie les opérations reliées à la compréhension. L’étude, non encore finie, permet à ses auteurs d’avancer qu’une meilleure compréhension peut résulter de l’exercice interactif dynamique. Dans les deux derniers chapitres de cette première partie, les auteurs respectifs traitent du rôle essentiel de la compréhension dans la formation initiale, la nature des savoirs et les conditions de la construction des savoirs disciplinaires pour finir avec l’exemple des mathématiques auxquelles les recherches attribuent une confusion fréquente entre l’apprentissage et la compréhension. Le dernier chapitre de cette partie fait d’ailleurs état d’une étude menée auprès des enseignants au Maroc et rapporte trois types de croyances relatives à la compréhension qui sont reliées aux dimensions didactique, synonymique et pédagogique. Raison pour laquelle, il est rappelé au lecteur avisé que l’enseignement n’est pas un métier technique et ne peut pas être réduit à un ensemble de procédures.

La seconde partie de l’ouvrage relie la compréhension à la métacognition et à l’affectivité. Les deux chapitres qui la composent documentent les relations mises en évidence par différentes études entre les processus autorégulateurs et la compréhension du soutien à la motivation chez l’enseignant ou l’enseignante stagiaire, ainsi que celle de l’influence de la dimension affective. Dans le premier cas, les auteurs pensent que c’est en observant ses processus internes et ceux de ses élèves que l’enseignant stagiaire peut déceler les signes susceptibles d’encourager la motivation et l’intérêt. Le monitorage de ses actes et de leurs effets sur les élèves, ajoutés aux observations précises recueillies dans l’action, pourrait permettre de mieux comprendre l’exercice du soutien à la motivation. Quant à l’influence de la dimension affective (attitudes, émotions, concept de soi, croyances et engagement), elle est supposée relier les éléments tant internes qu’externes dans la réorientation des croyances individuelles. D’après l’auteure, la compréhension des émotions accompagne inévitablement le changement cognitif et professionnel d’où l’importance d’insister sur la notion d’une compétence affective si on veut s’engager dans une démarche de pratique réflexive dans le but d’analyser son propre fonctionnement et celui d’autrui.

Dans la troisième et dernière partie de cet ouvrage, les auteurs relient la compréhension à l’affectivité. Le premier des quatre chapitres qui la composent renvoie le lecteur à l’importance de la compréhension des émotions comme facteur de protection reliant à la violence à l’école. Ses auteurs pensent que le Questionnaire sur la compétence émotionnelle pourrait aider à prévenir l’épuisement émotionnel et professionnel chez les enseignants et les enseignantes car leurs résultats montrent que le niveau d’intensité des émotions manifestées est toujours plus faible que le niveau d’intensité des émotions ressenties. Les deux chapitres suivants explicitent différents effets liés à l’importance de comprendre les émotions à l’école et recommandent même que cet apprentissage soit intégré aux programmes de formation initiale. Abondant dans la même perspective, le dernier chapitre souligne en plus, l’importance de distinguer les formes de résistance étant donné les relations établies entre les émotions et les processus de construction identitaire. Pour l’auteur, non seulement les réactions émotionnelles sont des indicateurs importants avec lesquelles les enseignants et les enseignantes peuvent apprendre à analyser leur processus de construction identitaire mais en plus, les réponses affectives marquent les moments importants dans la construction de l’identité, y compris l’identité professionnelle.

Cette perspective originale en soi, rassemble un collectif d’articles susceptibles d’intéresser un lectorat d’expertises diverses parmi les apprenants, les chercheurs et les intervenants professionnels du milieu scolaire. Les auteurs se basent sur les limites relevées par les chercheurs dans ce domaine d’intérêt comme Joshua (1999), Entwistle et Entwistle (2005) et Hattie (2009) pour suggérer d’intégrer au concept de compréhension, la dimension affective en plus des dimensions cognitives et métacognitives déjà connues. Les nombreux chapitres qui explicitent cette vision documentent tant sur le plan théorique que pratique, un ensemble d’arguments pertinents et perspicaces émanant de différentes études d’approche surtout qualitative. L’ouvrage explicite non seulement le cadre conceptuel de l’approche affective, cognitive et métacognitive de la compréhension, mais offre en plus des perspectives d’applications directes et peut aussi inspirer d’autres études pour approfondir notre compréhension de ce phénomène et nos connaissances.

Fadila Boutouchent Université de Regina

References

Entwistle, N. et Entwistle A. (2005). Revision and the experience of understanding. Dans F. Marton, D. Hounsell et N. Entwistle (dir.), The experience of learning: Implications for teaching and studying in higher education, (3e éd, pp. 145-155). Edinburgh, Ecosse : University of Edinburgh, Centre for Teaching, Learning and Assessment. Reperé à http://www.docs.hss.ed.ac.uk/iad/Learning_teaching/Academic_teaching/Resources/Experience_of_learning/EoLChapter9.pdf

Hattie, J. (2009). Visible learning. A synthesis of over 800 meta-analyses relating to achievement. Londres, Royaume-Uni : Routledge.

Joshua, S. (1999). L’école entre crise et refondation. Paris, France : La Dispute.