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BOOK REVIEW / CRITIQUE DE LIVRE

YVES LENOIR, ABDELKRIM HASNI, FRANCE LACOURSE, FRANÇOIS LAROSE, PHILIPPE MAUBANT et ABDELKARIM ZAID. Guide d’accompagnement de la formation à la recherche : un outil de réflexion sur les termes et expressions liés à la recherche scientifique. Longueil, QC : Groupéditions. (2012). 289 pp. 39,95 $ (édition de poche). (ISBN 978-2-923656-24-3)

Au Québec, de nombreux manuels, pour les étudiants des cycles supérieurs, mais aussi les chercheurs aguerris, proposent soit des précisions méthodologiques, soit des démarches à suivre pour l’élaboration de recherches en éducation. Or, le Guide d’accompagnement de la formation à la recherche (ci-après, le Guide) du Pr Lenoir prétend se démarquer des nombreux ouvrages disponibles en étant « un outil de travail, non un ouvrage de méthodologie au sens classique du terme, encore moins un dictionnaire de la recherche, une encyclopédie ou une méthode » (Lenoir et coll., 2012, p. 11). Qu’en est-il ? Pour le savoir, nous nous intéresserons d’abord au livre en soi, puis nous le replacerons dans le contexte plus large des livres d’aide à la recherche.

L’OUVRAGE

Le Guide de Lenoir et coll. (2012) est né d’une volonté double. En premier lieu, il doit encourager les étudiants des cycles supérieurs en éducation à réfléchir aux différents concepts de la recherche. Ce faisant, les auteurs espèrent répondre à un besoin de clarification à l’égard des différents termes liés à la recherche en limitant les confusions épistémologiques. Dans un deuxième temps, l’outil élaboré s’appuie sur une synthèse de divers points de vue à propos des concepts méthodologique de la recherche. Cette mise en évidence de visions contrastantes et divergentes a pour objectif de pousser le lecteur à adopter une approche critique à l’égard de la variété et la quantité d’ouvrages méthodologiques en sciences humaines et en éducation. Compte tenu de cela, le Guide se destine principalement aux étudiants de maitrise et doctorat ; toutefois, il semble que même le chercheur aguerri pourrait y trouver son compte, pour peu qu’il soit intéressé par la précision épistémologique des termes utilisés dans ses recherches.

La structure du texte repose sur une approche assez traditionnelle en reprenant les différentes sections d’une recherche dans son ordre logique d’écriture et d’élaboration. Il est d’abord question des fondements épistémologiques qui sous-tendent la recherche en éducation, puis des grandes articulations « classiques » (problématique, cadre de référence, méthodologie, etc.) et, enfin, de différents concepts connexes, tels que l’éthique de la recherche. Des extraits de références, des renvois infratextuels et des commentaires de clarifications ponctuent les différentes entrées. Deux index, en fin de volume, permettent une consultation précise et rapide par termes ou par auteurs cités.

Le Guide de Lenoir et coll. (2012) nous semble être victime de son intention première et souffre d’une forme inégale. Alors que certaines entrées proposent d’intéressantes synthèses de plusieurs pages, d’autres consistent simplement en des collages de différentes citations, en anglais et en français. Ces occurrences donnent parfois l’impression d’être des occasions manquées où une brève synthèse, avec de bonnes références, aurait sans nul doute été plus instructive. Toutefois, force est de reconnaître l’étendue du travail accompli par Lenoir et ses collaborateurs. Fruit d’un travail de fond de plusieurs années, la bibliographie est vaste et fouillée, se référant aux classiques et aiguillant du même fait le lecteur vers de bonnes références pour approfondir sa compréhension.

LE GUIDE DANS LE CONTEXTE QUÉBÉCOIS DE LA RECHERCHE

Les ouvrages méthodologiques utilisés dans les facultés québécoises francophones d’éducation appartiennent en général à deux grands courants. Il y a d’une part les monographies théoriques comme Recherche sociale : de la problématique à la collecte de donnée (Gauthier, 2008). Ces dernières offrent des synthèses de fond à propos de différentes approches méthodologiques et différents paradigmes de recherche. D’autre part, différents ouvrages reprennent la structure d’une recherche et s’attachent à en décrire, sommairement, les différentes étapes de conceptualisation, comme La recherche en éducation : étapes et approches de Karsenti et Savoie-Zajc (2011) et Réaliser une recherche en didactique (Thouin, 2014). Ceux-ci, très populaires auprès des étudiants de deuxième et troisième cycle, ont l’avantage de proposer un survol complet, quoique sommaire, de la recherche. En raison de la présentation qu’il offre de différents concepts propres à la recherche, l’ouvrage de Lenoir et coll. (2012) s’illustre comme adhérant en partie à la première approche, sans toutefois s’y conformer tout à fait. À cet égard, le Guide remplit un rôle intermédiaire, permettant au chercheur novice de faire le pont, entre un livre qui décrit la recherche (comme celui de Thouin, 2014) et un autre qui s’attaque en détail à diverses approches méthodologiques.

CONCLUSION

La recherche en science de l’éducation est attaquée de toute part1, on remet notamment en question sa validité en critiquant, tout particulièrement, les méthodologies employées (Baillargeon, 2013 ; Boutin, 2014). En réponse à cela, il importe de doter les jeunes chercheurs en éducation d’une formation solide sur laquelle ils pourront s’appuyer afin de produire des travaux de qualités en mesure d’être reconnus par la communauté scientifique et de contribuer à la recherche et à la pratique en éducation. À cet égard, le Guide peut contribuer à cette mission en remplissant une fonction bien particulière d’éclaircissement de concepts trop souvent galvaudés. Ouvrage autonome, mais dont la lecture doit se combiner à celle d’un texte plus général, il n’en demeure par moins un outil intéressant pour l’apprenti chercheur. En ce sens, le pari est gagné pour les auteurs : il s’agit bel et bien d’un outil de travail utile.

ALEXANDRE JOLY-LAVOIE Université de Montréal

NoteS

  1. 1. À cet effet, il faut écouter le « débat » entre Yves Boisvert et Mathieu Bock-Côté, dénonçant l’« occultisme » et les « faux Sacha » des sciences de l’éducation à l’émission C’est pas trop tôt, diffusée sur les ondes de Radio-Canada le 5 février 2015. http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7239462 (33 : 15).

Références

Baillargeon, N. (2013). Sur la recherche en éducation. Dans N. Baillargeon (dir.), Turbulences, essais de philosophie de l’éducation (p. 81-87). Québec, QC : Presses de l’Université Laval.

Boisvert, Y. et Bock-Côté, M. (2015, 5 février). Pas trop tôt pour debattre. [Fichier audio]. Dans M.-C. Beaucage (réalisateur), C’est pas trop tôt. Repéré à http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7239462

Boutin, G. (2014). Apports et limites de la recherche en sciences de l’éducation quand il s’agit de réformer les systèmes éducatifs. Bulletin d’histoire politique, 22(3), 112-121.

Gauthier, B. (2008). Recherche sociale de la problématique à la collecte des données (5e éd.). Montréal, QC : Presses de l’Université du Québec.

Karsenti, T. et Savoie-Zajc, L. (2011). La recherche en éducation : étapes et approches. Saint-Laurent, QC : ERPI.

Thouin, M. (2014). Réaliser une recherche en didactique. Sainte-Foy, QC : Multimondes.